BYE BIKES /FR

Je ne suis plus motard.

Je raccroche les gants, je range le Belstaff et le Shoei.

Après 27 ans de motos fumantes et pétaradantes, retour et rideau sur ma pratique quotidienne des 2 roues motorisés.


La mythique 500 XT, ici mon modèle de 1977. Le gros mono aux retours de kick légendaires...

Il y eut une période audacieuse, où chaque virage, chaque rond-point était une fête. Une occasion joyeuse de prendre un maximum d’angle pour faire frénétiquement racler les cale-pieds et provoquer ainsi une très jouissive gerbe d’étincelles.

Celui de la photo ci-dessous était monté sur mon ancienne 1200 Sportster Harley dont la garde au sol (même généreusement rehaussée par mes soins) était décidément bien trop basse pour nos tortueuses routes européennes.


1200 Sportster Harley 2005 (pots Supertrapp, Amortisseurs EMC, carbu + filtre Stage 1, prise bras oscillant déportée et surélevée, fourche tarée huile + ressorts).

Bilan de ces années, j’ai chuté avec la moitié de mes motos, une vingtaine, mais j’ai aimé ça , aussi :-D ! Il y eut évidement quelques côtes fracturées, quelques lambeaux de peau amochés, plusieurs réservoirs ruinés, des jeans troués et de belles frayeurs pour toute la famille, mais ça fait des souvenirs...

La vérité c’est que malgré ces morceaux de bravoure, je suis resté ce qu’en langage motard on appelle un « poireau ». C’est à dire un gars pas vraiment doué, qui prend souvent les freins trop tôt, avec un ressenti très approximatif de l’adhérence, une science peu convaincante de la trajectoire et une mauvaise foi instinctive clamant que si je ne roule pas vite, c’est pour mieux profiter du paysage.

Ma seule fierté a par contre été de rouler par tous les temps. Qu’il pleuve, vente ou neige, je n’ai jamais succombé à la solution pleutre de l’automobiliste lambda, caché bien au chaud avec sa clim et son auto-radio. Je fus ce que les motards appellent un « roule-toujours ». C’est la seule gloriole qui me rattachait au vocable JoeBarTeamesque de « pur ». Pour le reste, pilotage et mécanique inclus, je ne fus que motivé à défaut d’être réellement doué. L’important restant que le plaisir a toujours toujours toujours été là.


Quelques années plus tard, devenu un papa responsable, la moto fut érigée au rang d’art de vivre, une manière de rester jeune et libre, le temps du trajet en tous cas : un de mes vieux cuirs le revendique encore fièrement dans la langue de Shakespeare (enfin d’Hemingway en l’occurrence).


Être motard c’était se payer une tranche d’esprit rebelle à pas cher. Transpirer sous le soleil cuisant, sentir l’odeur des blés fraichement coupés, la puanteur du gasoil, réveiller les voisins au petit matin (ça c’est pas vrai, je n’ai jamais commencé suffisamment tôt).

Rouler en anciennes notamment, ce fut acquérir une culture, faire le lien entre des générations de rouleurs, apprendre l’histoire, comprendre les hommes qui l’ont faite, découvrir des sensations aussi variées que chaque bécane peut l’être. J’ai adoré m’approprier l’esprit de chaque partie-cycle, chaque moteur et cette relation homme-machine est finalement très proche du lien qui lie un artiste à son instrument, ne fut-il objectivement qu’un morceau de métal inerte. Mais là aussi, une sonorité, un caractère, un défaut, un souffle et tout s’anime. Les anciennes, avec leur caprices et leurs histoires compliquées au quotidien ont véritablement un charme fou (je parle des motos).


600 Monster Ducati 1994, silencieux avec laine de roche...ou pas...

A 40 ans, embourgeoisé par le temps qui passe, j’étais même devenu un modeste collectionneur, et mes étudiants auront souvent souffert de mes vieilleries qui ne démarraient pas au soleil levant.

Mon garage ne verra donc plus passer ces compagnes multiples qui ont rythmé un quart de siècle de trajets hebdomadaires. La montée de Choulans qui m’a amené au conservatoire pendant tant d’années ne sera plus le théâtre de ma volonté farouche de perfection à la recherche de la trajectoire idéale sur les 4 virages qui la composent.


Z57C Motobécane 1956 / 1100S Multistrada Ducati 2007 / R65 LS BMW 1982 / 175 CT1 Yamaha 1974 / T100T Daytona Triumph 1973


Aujourd’hui je n’ai plus envie.

Les légitimes limitations de vitesse imposées par la frénésie des transports dans la circulation Lyonnaise ne me permettent plus d’enrouler avec délice. Des trottinettes et des scooters me doublent désormais et ma virilité de motard old-school en prend un coup. Je passe mon temps à faire du gymkhana en warning dans le trafic surchargé et bien souvent, résigné, je me résous à finalement conduire comme un caisseux pour ne pas embêter tout le monde en revendiquant de fictifs et injustifiables passe-droits. Ce n'est plus drôle.


Aussi je dois avouer que je ne me retrouve plus dans la communauté motarde contemporaine. Je me sens bien seul l’hiver, et quand les beaux jours arrivent, j’éprouve souvent un sentiment de honte devant le comportement bruyant des kékés en tee-shirt qui ne font même plus signe au vieux BM-iste que je suis devenu.


Enfin, il y a cette conscience écologique qui me taraude de plus en plus et qui fait que je ne veux/peux plus cautionner le modèle dont je me suis gavé pendant 3 décennies.

Mon garage restera orphelin de ses bonnes odeurs d'essence et d'huile, mais je le sais, je le sens, une nouvelle aventure commence !


F800GS 2011 BMW


Alors après 27 ans de belles italiennes, de solides allemandes, de dociles japonaises et de charmantes anglaises, je rends les armes et passe donc officiellement au……………….

vélo électrique !!!


Bon ok ça fait pas rêver, mais je suis plus à un âge où il faut penser à se dégraisser du bide qu'à séduire les donzelles.

Ce serait encore mieux en musculaire bien sûr, mais mon physique de cinquantenaire commence à accuser le poids des ans et je n’ai plus la marge nécessaire me permettant de grimper la colline de Fourvière en sentant la rose à l'arrivée. J'ai en quelque sorte pitié pour mes étudiants. Je pressens également que les retours de nuit, sous la pluie avec le vent de face justifieront rapidement le choix coupable de ce petit moteur.

Allez, quasi 20 bornes pour rejoindre le conservatoire, autant pour revenir, c’est jouable.

Je dois à tout prix m’améliorer au quotidien pour devenir immanquablement un vieil homme sans devenir inexorablement un vieux con.


Vue de ma salle de classe


Cette dernière année aura vu la naissance autour de moi des petits Warlis, Alice, Margot, Luna, Brin-Pascal, Amadi, Enej et quelques autres. Dans 10 ans ces gamins seront en âge de comprendre.

Dans 20 piges ils seront en âge de juger.

Dans 30 ils devront choisir mon épitaphe.

Papy Michat aura mis fin à sa carrière internationale et ne prend donc plus l’avion pour pratiquer son art. 1 point.

Tonton Michat bien qu'ayant toujours mangé bio et local n'a été strictement végétarien que pendant 2 ans. 0,5 point.

Grand-père Michat a toujours vécu sans téléphone portable. 2 points (ça ils ne comprendront jamais )

Le vieux roule en vélo au quotidien mais possède un van diesel pour les vacances. -1 point.

Bon, mon bilan carbone se réduit mais je suis encore loin des 2 tonnes/an.

950 Adventure KTM 2007 du frérot


Je ne me fais aucune illusion sur la portée dérisoire de ce micro-changement.

Et pour être tout à fait honnête, j’ai très peu d’espoir pour ma descendance.

J’ai pleinement conscience de la contradiction intrinsèque entre mon mode de vie de riche européen et mes aspirations écologiques planétaires. Je sais les 8 milliards d’humains, je sais leur pauvreté, je sais l’ogre productiviste qui pousse notre délire de croissance infinie dans un monde fini.


Alors mon ridicule vélo électrique assemblé en Espagne mais probablement fabriqué en Chine avec sa batterie au lithium qui vient de je ne sais où, pppffff... disons que c’est une micro-tentative de transition.

Un rachat de bonne conscience aussi. Comme le colibri de la fable amérindienne rendue populaire par Pierre Rhabi, je pourrai juste dire « j’ai fais ma part ». Un peu tard vu que je me suis gavé pendant des décennies et pour pas grand-chose soit, mais je l’aurai fait. Pour l’heure, mon splendide VTCE est commandé depuis août, j’attends patiemment que la conjoncture internationale lui achemine toutes ses pièces et dans l’intervalle, je commence à perdre des kilos pour anticiper un peu...

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